« LA RESURRECTION »

Pâques 2012

« Exultez de joie, multitude des anges ; sois heureuse aussi notre terre, irradiée par tant de lumière ; réjouis-toi, mère Église... entends vibrer dans ce lieu saint l'acclamation de tout un peuple ! (Qu'éclate dans les cieux la joie des anges ! Qu'éclate partout la joie du monde ! Qu'éclate dans l'Église la joie des fils de Dieu!)

Mais pourquoi le ciel, la terre et l'Église doivent-ils exulter et éclater de joie ? Ils doivent exulter parce que nous fêtons l'événement le plus important de notre humanité ! Un événement bouleversant, annoncé par les Écritures et pourtant inattendu et inouï !

Tout a commencé par un tombeau vide ! Lequel a produit en chacun des disciples un débat intérieur, car il s'agissait de comprendre si c'était un enlèvement ou un relèvement ! Marie Madeleine, par exemple, pense au début « on a enlevé le corps du Seigneur et nous ne savons pas où l'on l'a mis ». Pierre va au tombeau et rentre chez lui tout retourné (tout étonné) ; Marie Madeleine, Marie mère de Jacques et Salomé voient la pierre roulée, et à l'intérieur du tombeau, un homme vêtu de blanc qui leur annonce la résurrection et cela les met hors d'elles-mêmes. Cet évènement bouleverse donc tout le monde !

Il est analogue à ce qui s'est passé à propos de la croix : personne n'avait jamais imaginé un Messie crucifié. Mais le fait était là, et il fallait lire l'Écriture d'une manière nouvelle. C'était inattendu, les disciples sont dépassés par la réalité, laquelle s'est imposée ! De même personne n'avait songé à la possibilité d'une nouvelle dimension de l'existence humaine par delà la mort. On pensait qu'on pouvait se relever d'un péché (Os 6,1ss) ; ou que lorsqu'on avait une espérance trop desséchée, c'était comme des ossements auxquels on pouvait recouvrir de chair et insuffler la vie (Ez 37), ou même on pouvait comprendre qu'un corps puisse être réanimé comme ce qui arrive par la habileté des médecins (ou ce qui est arrivé à Lazare que Jésus a réanime). Mais personne n'osait supposer une vie totalement nouvelle qui ne serait plus soumise à la loi de la mort, une « mutation décisive » de l'existence.

Ainsi par exemple, lorsque après la Transfiguration Jésus annonce à ses disciples qu'il allait mourir et ressusciter, ses disciples se demandent entre eux « ce que pouvait bien signifier ressusciter d'entre les morts ». Malgré tout cela, les faits se sont imposés. Les disciples ont été obligés de rompre le silence. Ils ont été forcés par ce qui leur arrivait de dire au monde que Jésus était vivant d'une manière nouvelle et pour toujours ! Et que cela était un évènement universel, puisque cela nous concernait nous tous. Plus encore la puissance de la résurrection les a obligés à abandonner le sabbat -jour de délices dans la tradition juive- pour le dimanche (le culte dominical= jour du Seigneur). (« Ceux qui vivaient suivant des usages anciens sont parvenus à une expérience nouvelle et désormais n'observent plus le jour de sabbat, mais vivent selon le jour du Seigneur » (Ignace d'Antioche, lettre aux magnésiens 9,2). Quelque chose d'extraordinaire a obligé les disciples à changer leurs coutumes : ils ont été forcés de proclamer que réellement le Seigneur était ressuscité d'entre les morts (Lc 24,34). La réalité s'est imposée à leur conscience.

Lors de la Résurrection les disciples se trouvent confrontés à quelque chose d'inattendu. Après toutes les hésitations et toute la stupéfaction face à ce que leur arrivait, ils n'étaient plus capables d'opposer de résistance à cette réalité : Ils ont reconnu Jésus-Christ vivant. Mais il leur fallait maintenant trouver les mots pour le dire au monde ! Car comment exprimer que Jésus était à la fois le même (il portait la marque des clous), et différent (ils avaient du mal à le reconnaître). Benoit XVI dit que la « résurrection est un saut qualitatif radical par lequel on s'ouvre à une nouvelle dimension de la vie, d'être homme » (Benoit XVI, Jésus de Nazareth II, p.308).

Cela s'est imposé avec tellement de force que les disciples, femmes et hommes, ne pouvaient plus se taire. L'annonce des apôtres avec tout l'enthousiasme et l'audace est impensable sans ce contact inattendu et nouveau avec la présence de Jésus ressuscité. Cette annonce est tellement enthousiaste qu'elle s'est propagée très vite autour de la méditerranée.

La présence de Jésus ressuscité remplit les chrétiens d'enthousiasme. Elle les fait littéralement courir (de dépêcher), se presser pour l'annoncer. Le secret de la foi Pascale c'est l'enthousiasme ! si bien que nous pouvons dire que la foi d'un peuple vieillit non pas quand la population est âgée, mais lorsqu'elle s'ennuie et manque d'enthousiasme, lorsqu'on ne se bouge plus pour Jésus-Christ. La foi chrétienne n'est pas doloriste -même si elle traverse le calvaire quand il le faut- car elle est toute entière tournée vers la résurrection. Si bien que Saint Paul nous invite à vivre en ressuscités : c'est-à-dire, debout, « par delà » toute forme de mort. Car la Résurrection c'est « la vie suscitée à nouveau ». Le mystère de la Résurrection nous interdit tout pessimisme!

Tout à l'heure nous allons renouveler nos promesses du baptême, (et célébrer le baptême ) ; et nous accueillerons Jésus-Christ dans l'Eucharistie. La joie de Jésus-Christ ressuscité doit illuminer nos visages, car la foi se voit. La foi est l'enthousiasme dans nos vies. C'est pour cela que le ciel, la terre et l'Eglise exultent de joie aujourd'hui. AMEN